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3-0

S’il s’était agi de football, ce score de trois à zéro serait qualifié de victoire sans appel, mais c’est à la lecture d’un document trimestriel de la Banque de France que ce rapport chiffré m’est apparu comme pertinent pour ce billet d’humeur.

Une lecture rapide concernant l’épargne des français ouvre le débat face aux enjeux ambiants. Dans cette note, nous sommes interpellés par le fait que 1 100 milliards d’euros d’épargne soient actuellement simplement déposés sur des comptes bancaires, et que 1 900 autres milliards soient eux placés sans aucun risque à des taux annuels qui frisent le ridicule…. TROIS mille milliards d’euros d’épargne au bas mot, et un et deux et trois, vous connaissez la suite.

Analysé du point de vue des épargnants français, cette typologie d’une épargne massive sans risque peut s’expliquer par la peur du chômage, l’absence de culture économique, la force de l‘habitude, l’info anxiogène  en continu, et tout autre bonne motivation qu’ « un tient vaut mieux que deux tu l’auras ! »

Rappelons à l’épargnant que la performance économique d’un placement à deux composantes : les plus-values sur le capital accumulé et les revenus de l’épargne (dividendes, intérêts et loyers reçus). Le partage entre ces composantes dépend directement des classes d’actifs supports : les plus-values sont par nature significatives sur les actions, les fonds de pension, les fonds d’investissement et les unités de compte en assurances-vie, l’immobilier. Les dépôts en banque, les produits monétaires, les obligations conservées jusqu’à leur échéance ou les contrats d’assurance-vie en euros génèrent eux des intérêts, mais pas ou très peu de plus-values.

Observée du côté des intermédiaires, la régulation issue de la crise, que les professionnels connaissent sous les noms de Bale3, Solvency2, MIFII, a eu pour conséquence d’amplifier le devoir de conseil, jusqu’au point de congélation définitif avec le fameux questionnaire de connaissance client.

Ainsi, Il vous a sans doute été demandé de remplir un ensemble de critères d’appréciation de votre patrimoine, de vos revenus, de vos projets par votre banquier ou votre assureur pour répondre aux exigences réglementaires, et à cela rien d’anormal. Pour votre culture générale, ces tests portent eux aussi des noms barbares « appropriateness et suitability »(1).

Pour ce qui est des émetteurs, au premier rang desquels les entreprises, chaque ouverture au marché se termine par cette phrase encourageante « l’attention des investisseurs est attirée sur les facteurs de risques » ; sacro-saint principe de précaution.

C’est le télescopage des items précédents qui va conduire à nouveau notre propos vers la métaphore footballistique : une équipe qui joue la défense ne peut que rarement gagner un match et enflammer ses supporters…Donc à tout prendre je préfère l’équipe de France de football à l’équipe de France des épargnants. A moins que changement récent d’entraineur ne change la stratégie ?

Concédons-le, nous ne sommes pas à zéro milliard d’investissements en actions domestiques, essentiellement grâce aux PEA, mais pas encore bien loin de 1 000 milliards investis et du but qui comptera double. Or, dans le même temps, 50% du CAC 40 appartient aujourd’hui à des capitaux internationaux.

A l’aune de ce constat est-il utile d’hurler au feu quand des opérations capitalistiques se déroulent sous les yeux ébahis des médias et des populistes ? De mon point de vue personnel, non, car je me suis toujours placé du côté de la prévention …

Dans ce domaine actionnarial, les américains restent malgré leur individualisme, les champions du monde de l’effort d’équipe et il ne faut pas chercher beaucoup plus loin la réussite mondiale insolente des GAFA et autres NATU. (2) Quand sur la période, la France aura perdu plus de la moitié de ses actionnaires en 10 ans.

Epargnants, il va nous falloir passer collectivement d’une France de propriétaires à une France d’actionnaires au regard des enjeux technologiques pour lesquels nous sommes armés, d’une défense qui bétonne à une attaque en largeur… puisqu’à défaut la sanction, c’est la relégation !

Jean-Philippe BOLLE

 

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